Il n'est ni le « monsieur je-sais-tout » de service dodu et gracile qu'est le proviseur de notre collège ; ni le « bon monsieur allègre et jovial », heureux dans sa vie de prof de Latin qui voltige en cour en chantonnant. Rien, rien de tout cela.
Je l'admirais peut-être depuis un bon bout de temps. Ses manières « je sais ce que je dois savoir », ses gestes lents, habiles ; sa classe inouïe à contredire les gens sans un sourire ironique aux lèvres. Son soupire, son mécontentement discret. Aussi calme qu'une vapeur aromatique s'échappant doucement d'une tasse à café. Aussi amère que cette semence douce et obscure. Son indifférence excessive, son air exagérément neutre, moqueur, belliqueux, impassible... Calme.
Il était fin, et démesurément long de taille. Sa silhouette élancée, sa démarche lente, flegmatique. Ces yeux fixes capables de lire au-delà de vos pensées, de vos yeux. Vos mensonges, vos facéties. Et cette année, pour la première fois depuis ma 6ème, notre classe l'avait en temps que professeur de mathématique. Une surprise heureuse pour moi.
C'était un jeudi après-midi d'un vent froid et violent frappant les vitres de la salle de classe relativement calme, où quelques bruissements encore circulaient, et où les élèves discutaient d'un air préoccupé du prochain contrôle d'espagnole, du week-end « magnifique » d'Evelina, des silicones de la prof d'histoire qui pensait manifestement révolutionner son piteux monde avec ses tout nouveaux seins... Les discussions absolument passionnantes et les exclamations surprises s'évaporèrent au son encore inconnu à tout le monde. Sauf à moi. Les pas familiers, lents et paresseux.
Puis il apparût. Si soudainement qu'on aurait crût qu'il avait jaillit du sol. Il s'arrêta un instant devant la porte, et observa la classe. Je poussai le coude de Tom, qui leva un visage endormi et mécontent vers moi lorsque je lui signalai la présence du professeur. Ses yeux gris se tournèrent vers le professeur, puis il soupira en m'observant d'un air exaspéré. Le professeur, lui, venait de se tourner vers lui, anormalement inexpressif. Puis si soudainement ennuyé. Il était resté pareil pendant ces quatre longues années. Je me souvenais de lui, ses manies et de ses rires courts et rares parfaitement. Encore faut-il qu'il se souvienne de moi... Et ça, je l'espérais peu.
Il salua la classe de son ton lassé et fatigué. Il venait de prendre une craie sur le rebord du tableau, et écrivit son nom dans le doux crissement de la craie. « François Lavale »...
Tom me jeta un regard blasé et leva ses yeux au plafond lorsqu'il se retourna pour parler. Sans doute un discours machinale qu'il se réservait chaque année.
- Cette année, commença-t-il en un soupire. Il fit une pause en passant ses longs doigts dans sa chevelure châtain, puis leva les yeux du sol pour vérifier s'il avait vraiment l'attention de toute la classe. Je serais responsable pour votre enseignement de mathématiques. Certains connaissent sans doutes déjà ma façon de faire les cours.
Il fit une autre pause, et parcourut ses yeux céruléens la classe entière, et s'arrêta sur moi. Je remarquai en même temps que lui que j'étais la seule élève dans ma classe qui avait reçut son éducation jusqu'à lors. Je fuis des yeux d'un air embarrassé et fis semblant de fixer Tom, qui lançait un « Oh ! » exaspéré en m'observant.
Si j'écoutais bien ses paroles, je pus effectivement constater qu'il nous fera dans les minutes qui suivront un teste pour « mesurer nos connaissance ». Il savait parfaitement bien que les tests de maths étaient définitivement cauchemardesques pour moi. Et resterons sans doutes toujours aussi angoissants pour moi.
- J'ai besoin de savoir les élèves en difficulté pour les accueillir en aide les lundi soir, fit-il en distribuant les feuilles d'un air absent. Ce n'est pas ma méthode, mais les aides sont exigés par le proviseur de l'établissement.
Je n'avais rien contre les aides de maths. Je détestais simplement me ridiculiser avec une note affreuse dans cette matière. Il passa devant moi et un Tom qui le fixait d'un air intéressé, et légèrement hautain. Il me posa la feuille devant moi et je frémis en voyant sa bouche s'ouvrir.
- J'espère que tu t'es améliorée en mathématiques depuis ta 6ème, Francoeur. Tu ne voudrais pas te retrouver en aide chaque lundi, non ?
Il me fit un léger sourire que je jugeais un peu moqueur. Je ne répondis rien. De toutes façons, il pourra deviner de ma mine dégoûtée en tournant la feuille.
Avant de sortir de la salle, je volai un dernier regard vers lui. Il était en train de ranger les feuilles dans son sac. Le voir occupé me faisait sourire d'un air idiot. Une voix goguenarde me perturba en me tirant de la salle.
- Blanche, tu comptes rester longtemps accrochée à la porte ?
Je fixai Tom d'un air désemparé lorsqu'il m'entraîna dehors. Le vent était infernal. La brise violente frappait le grillage d'entrée noir d'une férocité atroce. Mes cheveux s'envolèrent comme de multiples fils de laine bruns, tandis que la chevelure blonde pâle de Tom restait fixe.
- Ce type. Lavale, fit-il brusquement, me faisant sursauter. Tu es toujours___ ?
- Ça te regarde ? Me rebiffai-je en croisant mes bras d'un air menaçant. Tu es toujours en train de te mêler de tout !
- Blanche, je m'inquiète juste pour toi, fit calmement Tom en fixant le grillage de ses yeux bleus et froids. Je donnerais ma jambe à couper si ce type n'a pas au moins vingt-cinq ans.
- Qu'est ce que son âge pourrait bien me faire ? Me révoltai-je en essayant d'attraper le regard de mon ami, qui obstinément, fixait plus loin devant lui.
Il se tourna vers moi et renifla dédaigneusement d'un air dégoûté.
- Tu comptes vraiment transformer ce type en pédophile ? Ecoutes-moi, Blanche. Ne fais pas de conneries. Ça risquerait de très mal tourner pour toi, d'accord ? De un, ce type ne me plait pas. De deux, tu ne sais pas vraiment de quoi il peut être capable...
- C'est toi qui me dis des stupidités, fis-je en baissant la tête. Tu sais pourtant très bien qu'il n'y aura rien de sérieux entre nous. Tu sais que je ne lui dirais jamais rien. Tu sais définitivement que monsieur Lavale n'est pas un pédophile. Dans cette situation, Tom, le monstre lubrique, c'est moi. Pas lui. Alors ce n'est pas pour moi qu'il faut se soucier.
Tom ricana amèrement. Il tourna ses yeux vers le début de la forêt à l'accès interdit entourant notre collège. Son air froid et hautain disparut un moment.
- Tu ne sais pas ce qu'un homme peut aimer, Blanche. N'est ce pas toi qui m'avait dit, avant, que rien n'était impossible ?
Sa main blanche serra ma main. Le vent me frappait plus doucement le visage. Je me sentis soudain réconfortée, et un sentiment tiède et doux se forma en moi.
- Peut-être.
NOTE de l'auteur : Rien de très intéressant à dire. Je me garde les commentaires. Le nom de la fille a changé pour une raison que vous connaîtrez bientôt. A part ça, vous trouvez ce chapitre comment ? Je répondrais aux questions sur ce chapitre sur cet article même.
KAME